J'ai fabriqué un exemplaire de mon livre en GÉANT
En février, j’ai auto-publié mon premier recueil de poèmes illustré L’amour n’est pas un évangile. Ça faisait déjà de longs mois que j’avais le nez dedans. À force de manipuler les versions bêta du livre et de retravailler mes aquarelles, une envie incongrue m’est venue en tête (comme souvent quand je passe beaucoup de temps sur quelque chose, je décide tout à coup de me lancer dans une nouvelle quête secondaire qui n'a aucune utilité si ce n'est me détourner dans mon objectif initial, BREF) :
pourquoi ne pas fabriquer un exemplaire géant de ce livre ?
Quitte à faire les choses, autant ne pas les faire à moitié, non ?
Quand une envie du genre me pop dans la tête, elle devient rapidement irrépressible. Jusqu’à ce que je la mette à exécution. Seul souci : je n’ai la plupart du temps ni les compétences ni le matériel nécessaires pour être à la hauteur de l’idée précise que je visualise. Ça m’a longtemps freinée. Ce n’est plus le cas depuis que j’ai compris à quel point ce processus — aussi chaotique soit-il — peut être salvateur et riche en expériences. On en reparlera.
Ce projet-ci réunissait plusieurs savoir-faire que je ne maîtrisais absolument pas, à savoir : la reliure XXL, la couture et la broderie (à la main svp).
Voilà comment j’ai procédé, étape par étape, allers-retours et déboires compris. Warning : ceci n’est pas un tuto à reproduire chez vous et je ne me porte absolument pas garante des techniques, disons… peu conventionnelles, que j’ai utilisées pour arriver à mes fins. PS : j’en ai aussi fait une vidéo, elle se trouve à la fin de l’article <3
ÉTAPE I - IMPRIMER LES PAGES
Je ne vais pas me lancer dans des explications techniques sur comment j'ai scanné les pages, essayé de comprendre les différents formats (PNG, TIFF ??), les DPI nécessaires pour s'assurer de la qualité des images et tutti quanti parce que je me fatigue moi-même rien qu'y repenser.
Retenez seulement qu'il est bon de réfléchir AVANT d'agir et de scanner vos pages en le maximum de DPI, si vous ne voulez pas vous amuser à devoir rescanner manuellement les 160 pages de votre livre parce que vous vous rendez compte après coup qu'après agrandissement, tout est pixelisé...
L'autre défi, ça a été d'apprendre à enfin utiliser InDesign, il était temps et j'en suis très heureuse aujourd'hui, mais ce n'était pas de tout repos. MAIS BREF, personne n'est là pour en apprendre davantage sur mes compétences douteuses en la matière.
J'ai scanné, j'ai mis en page, j'ai envoyé à l'imprimeur. Et quelques jours plus tard, j'ai traversé la moitié de Bruxelles pour aller chercher mon colis d'à peu près 50 kg (à pied, bien entendu). C'était une expérience géniale... J'étais surtout heureuse d'arriver chez moi et de constater que, alléluia, les pages donnaient hyper bien et... n'étaient pas pixelisées <3
ÉTAPE II - RELIER
Jusque-là, je naviguais déjà en terre inconnue. Mais pour l'étape de la reliure, je m'attaquais à un tout autre niveau d'exigeance. Chaque planche pages faisait 60 cm de haut sur 85 de large. On ne parle donc pas de ✨ reliure ✨ (qui est un artisanat déjà très technique en soi), mais de RELIURE. Je m'étais déjà essayée au métier un an plus tôt, en mode apprentie sorcière, et j'avais beaucoup aimé l'exercice. Et puis, c'est un artisanat que je trouve magnifique : faire des livres soi-même avec ses petites mains, c'est fou, non ?
Le fait est qu'ici, j'avais moins le droit à l'erreur.
De 1, je n'avais pas de feuilles en rab si je me loupais (imprimer 80 planches en couleurs en A1, ça coûte un peu quand même). Il fallait que j'y arrive du premier coup. Et surtout, je ne pouvais pas négliger le poids qu'aurait ce gros bébé, et donc la nécessité de solidité de la reliure.
Bref, c'était bien joli de rêver, mais il s'agissait de faire quelque chose qui tienne un tant soit peu la route. Comme souvent quand je ne sais pas comment procéder, je vais sur YOUTUBE. J'ai tappé "Big Book" et après avoir pas mal exploré et découvert que 1) je n'étais pas la seule à avoir eu cette idée (ce qui n'est pas vraiment étonnant), 2) c'était possible de la réaliser, je suis tombée sur le compte d'une fille passionnée de reliure traditionnelle et qui travaille particulièrement sur de grands formats. BINGO.
Je vous mets une des vidéos ici pour la science :
Après m'être gorgée de son savoir et regarder la quasi-intégralité des vidéos de la chaîne qui traitait du sujet, je me suis lancée.
J'ai acheté le matériel qui me manquait, plié toutes les pages en deux, avant de me lancer sur l'épineuse reliure.
J'ai calculé le nombre de trous qu'il fallait (ni trop ni trop peu, pour un maximum de solidité, le tout sans fragiliser les feuilles) et puis j'ai commencé mon petit tressage.
Ce fut long.
Imparfait, et très long.
Après plusieurs soirées de travail, j'avais lié l'ensemble des feuillets. J'ai ensuite appliqué une toile spécifique sur la tranche avec une colle PVA et laisser sécher sous presse.
Cependant, je ne m'étais pas aperçue d'un problème de taille (c'est le cas de le dire), que les bricoleurs et esprits pratiques les plus aiguisés ont peut-être remarqué en regardant les photos : dans la crainte de déchirer mes pages et pour que les manipulations à venir du livre puissent se faire aisément, j'avais délibérément peu tendu mon fil. Erreur fatale.
Après le séchage, le souci s'est imposé à mes yeux (et surtout à ceux de mon mec, un peu plus perspicaces que les miens, aveugle que j'étais car d'ores et déjà amoureuse de mon projet, vu le temps et l'énergie que j'y avais déjà engagés) : la tranche faisait des petites vaguelettes, car la colle s'était logée en trop grande quantité entre certaines pages, en raison du manque de tension de mon fil.
Le jour du drame, nous étions un dimanche matin. Encore en pyjama, il m'a dit d'un ton sans appel : "Il va falloir retirer le tissu ainsi que toute la colle, puis tasser le livre pour que la tranche soit bien droite". Une solution palliative et de dernier recours.
Au milieu de l'après-midi, on y était encore, dans la joie, la bonne humeur et l'allégresse. Mais alléluia, cela a fonctionné.
ÉTAPE III - LA COUVERTURE
Après ces étapes techniques, place à d'autres réjouissances... toutes aussi techniques. J'avais en effet en tête de réaliser une couverture en tissu, sauf que spoiler : je n'avais jamais utilisé une machine à coudre de ma vie. Est-ce que que cela étonne encore quelqu'un ? :)
Quand j'étais petite, j'ai eu une lubie durant laquelle je m'imaginais devenir "styliste". J'étais fan de films d'époque et je m'étais mise en tête de "coudre" des "déguisements" à la main (beaucoup de guillemets dans cette phrase, mais il en faut), parmi lesquels un somptueux corset que j'ai encore en mémoire.
Enfin, je me souviens surtout de l'objectif que je visais (dans ma tête, c'était divin). Je crois que ceux qui n'avaient pas participé à cette élaboration devaient sans doute le voir d'un autre oeil...
À la réflexion, ma démarche d'alors n'est pas très différente de celle que j'ai toujours aujourd'hui. Je rêve d'un truc TRÈS précis, alors on va le faire. Je ne sais pas encore comment, je n'ai aucune technique, mais on va le faire. Avec un résultat qui n'est pas tout à fait à la hauteur du fantasme initial (du moins pour ces premiers essais), mais bon, ça c'est une autre question...
Tout ça pour dire que j'ai demandé à ma soeur de me prêter sa machine à coudre. Que j'ai regardé un tuto sur Youtube (again), et que je me suis lancée.
Faire mon croquis, aller chercher du tissu de récup (des vieux draps, majoritairement), découper mes différentes pièces et puis les aposer progressivement. Quand j'ai été satisfaite du rendu, je les ai pré-collés avec du tape et puis j'ai tout cousu progressivement. SPOILER : mes coutures n'étaient pas très droites, mais j'ai ADORÉ ça.
Et je sais maintenant ce qu'est une canette, comment enfiler la machine et je connais la douce la sensation du pied sur la pédale.
ÉTAPE IV - BRODER LE TITRE
Après avoir terminé de coudre la couverture, je l'ai collée sur deux plaques de contreplaqué assez solides. Et puis j'y ai accroché le coeur de mon livre que j'avais préalablement relié.
Mais qu'aurait été ce "big book" sans son titre ? J'ai décidé de le broder à la main sur un tulle blanc. Cette fois, pas de vidéo Youtube, juste ce qui m'a paru être du bon sens : acheter de la laine rouge, fixer un papier avec mon texte aux bonnes dimensions sous le tulle, et puis broder lettre par lettre, avec une aiguille épaisse.
ÉTAPE V - ADMIRER LE RÉSULTAT FINAL
Après tant de journées de dur labeur, mon (gros) bébé était ENFIN dans mes bras.
À quoi sert-il, tu me demanderas peut-être ? Eh bien, à rien. À rien du tout. Mais ne passe-t-on pas beaucoup de temps à faire des trucs qui ne "servent à rien" ? C'était ça ou Netflix ou boire des verres avec mes amis (ou me préparer à manger ou faire du sport, mais bon ça c'est un peu moins glorieux). J'ai choisi cette quête secondaire.
Alors certes, il ne sert à rien, mais j'adore le regarder, tourner les pages et me remémorer émue toutes les émotions par lesquelles nous sommes passés, lui et moi.
Est-ce que le résultat final est tout à fait conforme à l'idée initiale que j'avais en tête ? Non. Mais comme toutes choses, on apprend à les apprécier, qualités et défauts compris, une fois qu'on y a consacré du temps et de l'énergie, et puis jamais plus on ne les voit du même oeil. Ça, je l'avais déjà compris à l'époque de mon corset.
Mais le plus important réside sans doute ici : j'ai appris énormément grâce à ce petit projet. La patience tout d'abord, et Dieu sait que ce n'est pas mon fort. Mais surtout, j'en ai découvert davantage sur la reliure et sur la couture ! Et en la matière, je suis sûre que je n'en suis pas à mon dernier projet <3